Avant 1939 · Les origines
L'ORT, une réponse à la misère juive
L'ORT naît en 1880 à Saint-Pétersbourg. Son nom originel russe signifie « Société pour les métiers de l'artisanat ». Fondée par trois visionnaires — Nicolai Bakst, Samuel Poliakov et Horace Günzburg — sa conviction est simple : la connaissance offre la liberté, le travail offre la dignité.
En 25 ans, l'ORT forme 25 000 Juifs dans l'Empire russe aux métiers du verre, de la couture, du jardinage, de la mécanique. Après 1920, elle s'internationalise : Londres, Paris (1921), New York, Buenos Aires. En France, elle forme dans les années 1930 les réfugiés juifs d'Allemagne et d'Autriche qui fuient déjà la montée du nazisme.
1940–1944 · L'Occupation
Enseigner malgré Vichy — une résistance silencieuse
En juin 1940, la France capitule. Le régime de Vichy s'installe et promulgue dès octobre 1940 les « Statuts des Juifs » : les enfants juifs sont expulsés des écoles publiques, les enseignants juifs révoqués, les associations juives placées sous surveillance.
L'ORT-France aurait pu fermer ses portes. Elle ne l'a pas fait. Malgré les menaces constantes de la Gestapo, les rafles, et la déportation massive de ses propres professeurs et élèves, l'organisation a poursuivi son activité dans toutes les grandes villes de France — en zone nord comme en zone sud.
Les hommes · Léon Meiss
Un destin qui résume l'histoire de l'ORT
L'histoire de Léon Meiss incarne à elle seule le paradoxe tragique et courageux de l'ORT pendant la guerre. Magistrat de formation, il est exclu par les lois de Vichy de son métier en 1940. Pour survivre et continuer à vivre avec dignité, il apprend un métier manuel — grâce aux cours de l'ORT elle-même.
Léon Meiss
Magistrat exclu par les lois antisémites de Vichy en 1940, Léon Meiss se reconvertit en ouvrier qualifié grâce à l'ORT — le réseau qu'il présidera après la guerre. Également président fondateur du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), il consacre sa vie d'après-guerre à reconstruire la communauté juive de France.
Son parcours illustre le rôle vital de l'ORT : former des Juifs exclus de la société pour leur restituer dignité et avenir. Après la Libération, il accompagne l'installation d'écoles destinées aux rescapés — souvent orphelins — qui durent reconstruire leur vie de zéro. Parmi elles : le centre ORT de Montreuil.
L'action de l'ORT · 1940–1945
Trois formes de résistance par l'éducation
Former les exclus
Quand Vichy ferme l'école publique aux Juifs, l'ORT est l'une des rares organisations à continuer de les former. Des centaines de jeunes exclus de la République reçoivent une qualification professionnelle qui leur sauvera peut-être la vie.
Former dans les camps
Dans les camps d'internement français de zone libre — Rivesaltes, Gurs, Les Milles — des instructeurs de l'ORT dispensent des formations professionnelles aux internés. Coudre, réparer, construire : des gestes qui maintiennent l'humanité dans la déshumanisation.
Préparer la reconstruction
Dès décembre 1944, avant même la fin de la guerre, la première conférence de l'ORT en France libérée se tient à Voiron. L'organisation sait déjà ce qu'elle devra faire : accueillir les rescapés, former les orphelins, reconstruire un avenir.
« L'ORT a fonctionné, certes de manière ralentie, mais néanmoins constante, pendant toute la Seconde Guerre mondiale, dans toutes les grandes villes de France. »
Archives Juives — Revue d'histoire des Juifs de France
1945 et après · La reconstruction
Reconstruire des vies, ville par ville
À la Libération, la France compte des dizaines de milliers de Juifs rescapés des camps, de la clandestinité, de l'exil. Beaucoup sont orphelins, sans formation, sans ressources. L'ORT est l'une des premières organisations à se mobiliser pour leur reconstruction professionnelle et sociale.
Des centres ORT ouvrent dans toute la France. Le centre de Montreuil, qui deviendra l'ORT Montreuil que nous connaissons, s'inscrit dans cette vague de reconstruction d'après-guerre. Il accueille d'abord les rescapés, puis les Juifs d'Afrique du Nord dans les années 1950–1970, en leur offrant des formations en mécanique, électricité, électronique, couture, comptabilité.
L'ORT Montreuil a accompagné les premiers pas du musée d'Art juif de Paris — prélude au grand mahJ de la rue du Temple, ouvert en 1998. Une histoire circulaire : l'école qui a survécu à la Shoah a contribué à construire le musée qui en garde la mémoire.
Nous sommes les élèves d'une école
qui n'a jamais cessé d'exister
même quand tout voulait la faire disparaître.
Savoir que l'ORT a continué d'enseigner pendant l'Occupation, que ses professeurs ont été déportés et qu'elle a malgré tout survécu, que Léon Meiss a appris un métier grâce à l'ORT avant de la présider et de construire le CRIF — tout cela donne une profondeur particulière à notre voyage en Pologne. Nous ne marchons pas seulement dans la mémoire du peuple juif. Nous marchons dans la mémoire de notre propre établissement.