ORT

Histoire · Mémoire · Transmission

Où était l'ORT
pendant la Shoah ?

Fondation ORT France
1921
Lois antisémites Vichy
1940
Poursuite des cours
1940–1944
Reconstruction
dès 1944

Notre école appartient à un réseau fondé en 1880 à Saint-Pétersbourg pour former les Juifs paupérisés. Mais en 1940, quand la France s'est effondrée et que Vichy a exclu les Juifs des écoles, qu'est-il arrivé à l'ORT ? La réponse est à la fois douloureuse et extraordinaire.

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L'ORT, une réponse à la misère juive

L'ORT naît en 1880 à Saint-Pétersbourg. Son nom originel russe signifie « Société pour les métiers de l'artisanat ». Fondée par trois visionnaires — Nicolai Bakst, Samuel Poliakov et Horace Günzburg — sa conviction est simple : la connaissance offre la liberté, le travail offre la dignité.

En 25 ans, l'ORT forme 25 000 Juifs dans l'Empire russe aux métiers du verre, de la couture, du jardinage, de la mécanique. Après 1920, elle s'internationalise : Londres, Paris (1921), New York, Buenos Aires. En France, elle forme dans les années 1930 les réfugiés juifs d'Allemagne et d'Autriche qui fuient déjà la montée du nazisme.

Fondation
1880
ORT France
1921
Pays actifs dès 1930
Europe, Amériques
Logo ORT
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Enseigner malgré Vichy — une résistance silencieuse

En juin 1940, la France capitule. Le régime de Vichy s'installe et promulgue dès octobre 1940 les « Statuts des Juifs » : les enfants juifs sont expulsés des écoles publiques, les enseignants juifs révoqués, les associations juives placées sous surveillance.

L'ORT-France aurait pu fermer ses portes. Elle ne l'a pas fait. Malgré les menaces constantes de la Gestapo, les rafles, et la déportation massive de ses propres professeurs et élèves, l'organisation a poursuivi son activité dans toutes les grandes villes de France — en zone nord comme en zone sud.

1933
Les Juifs expulsés des écoles allemandes
L'ORT ouvre une école à Berlin grâce à sa branche britannique. Promesse faite aux nazis : tous les diplômés quitteront l'Allemagne. L'école ouvre en 1937.
Oct. 1940
Statuts des Juifs — Vichy exclut les Juifs de l'espace public
Les enfants juifs ne peuvent plus aller à l'école publique. L'ORT devient pour beaucoup leur seul accès à la formation et à la dignité.
1940–1944
L'ORT continue — zone nord et zone libre
Malgré l'occupation, les cours se poursuivent dans toutes les grandes villes de France. Des formations professionnelles sont dispensées même dans les camps d'internement comme Rivesaltes.
1942
Rafle du Vél d'Hiv — déportation des Juifs de France
Des professeurs et élèves de l'ORT sont arrêtés, déportés, assassinés. L'organisation perd des membres irremplaçables. Elle continue néanmoins.
1941–1943
Formation dans les camps d'internement français
Dans des lieux comme Rivesaltes ou d'autres camps de la zone sud, des instructeurs de l'ORT donnent des formations professionnelles aux internés — un acte de résistance humaine au milieu du désastre.
Déc. 1944
Première conférence de l'ORT en France libérée — Voiron
Dès la Libération, l'ORT se reconstruit. Sa mission : former les rescapés, souvent orphelins, pour leur permettre de reconstruire leur vie.
03

Un destin qui résume l'histoire de l'ORT

L'histoire de Léon Meiss incarne à elle seule le paradoxe tragique et courageux de l'ORT pendant la guerre. Magistrat de formation, il est exclu par les lois de Vichy de son métier en 1940. Pour survivre et continuer à vivre avec dignité, il apprend un métier manuel — grâce aux cours de l'ORT elle-même.

Portrait de Léon Meiss
Portrait
Léon Meiss
Léon Meiss
1896 — 1966
Président de l'ORT France après-guerre · Fondateur du CRIF

Magistrat exclu par les lois antisémites de Vichy en 1940, Léon Meiss se reconvertit en ouvrier qualifié grâce à l'ORT — le réseau qu'il présidera après la guerre. Également président fondateur du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), il consacre sa vie d'après-guerre à reconstruire la communauté juive de France.

Son parcours illustre le rôle vital de l'ORT : former des Juifs exclus de la société pour leur restituer dignité et avenir. Après la Libération, il accompagne l'installation d'écoles destinées aux rescapés — souvent orphelins — qui durent reconstruire leur vie de zéro. Parmi elles : le centre ORT de Montreuil.

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Trois formes de résistance par l'éducation

Former les exclus

Quand Vichy ferme l'école publique aux Juifs, l'ORT est l'une des rares organisations à continuer de les former. Des centaines de jeunes exclus de la République reçoivent une qualification professionnelle qui leur sauvera peut-être la vie.

Former dans les camps

Dans les camps d'internement français de zone libre — Rivesaltes, Gurs, Les Milles — des instructeurs de l'ORT dispensent des formations professionnelles aux internés. Coudre, réparer, construire : des gestes qui maintiennent l'humanité dans la déshumanisation.

Préparer la reconstruction

Dès décembre 1944, avant même la fin de la guerre, la première conférence de l'ORT en France libérée se tient à Voiron. L'organisation sait déjà ce qu'elle devra faire : accueillir les rescapés, former les orphelins, reconstruire un avenir.

« L'ORT a fonctionné, certes de manière ralentie, mais néanmoins constante, pendant toute la Seconde Guerre mondiale, dans toutes les grandes villes de France. »

Archives Juives — Revue d'histoire des Juifs de France

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Reconstruire des vies, ville par ville

À la Libération, la France compte des dizaines de milliers de Juifs rescapés des camps, de la clandestinité, de l'exil. Beaucoup sont orphelins, sans formation, sans ressources. L'ORT est l'une des premières organisations à se mobiliser pour leur reconstruction professionnelle et sociale.

Des centres ORT ouvrent dans toute la France. Le centre de Montreuil, qui deviendra l'ORT Montreuil que nous connaissons, s'inscrit dans cette vague de reconstruction d'après-guerre. Il accueille d'abord les rescapés, puis les Juifs d'Afrique du Nord dans les années 1950–1970, en leur offrant des formations en mécanique, électricité, électronique, couture, comptabilité.

L'ORT Montreuil aujourd'hui

L'ORT Montreuil a accompagné les premiers pas du musée d'Art juif de Paris — prélude au grand mahJ de la rue du Temple, ouvert en 1998. Une histoire circulaire : l'école qui a survécu à la Shoah a contribué à construire le musée qui en garde la mémoire.

Mémoire et reconstruction

Nous sommes les élèves d'une école
qui n'a jamais cessé d'exister
même quand tout voulait la faire disparaître.

Savoir que l'ORT a continué d'enseigner pendant l'Occupation, que ses professeurs ont été déportés et qu'elle a malgré tout survécu, que Léon Meiss a appris un métier grâce à l'ORT avant de la présider et de construire le CRIF — tout cela donne une profondeur particulière à notre voyage en Pologne. Nous ne marchons pas seulement dans la mémoire du peuple juif. Nous marchons dans la mémoire de notre propre établissement.